Carré Saint-Louis. Mi-journée. Je cherche la tranquillité, je cherche à n'entendre que le vent dans les feuilles, mais je ne pense pas que ce sera facile avec cette femme et cette ado qui parlent en franglais à côté de moi (changé de place, déjà: ces trois cégépiens qui se crient après plutôt que de se parler... et pas d'autres tables de libres - que des bancs de parc). Mais ok. La paix pour écrire se trouve ailleurs. Se trouve sans doute dans un chalet au bord d'un lac, mais ce ne sera pas pour tout de suite (alors qu'un homme d'une cinquantaine d'années arrête son vélo électrique tout près, la musique forte, un genre de dance agressant, qu'il impose aux gens autour, à l'entrée de la rue Prince-Arthur). Quand donc l'irrespect s'est-il fait omniprésent dans notre société? Le moi prévalant en tout temps au détriment du bien-être des autres? (J'ai le droit, donc je le fais... Subis, mon ami.) (Peut-être depuis que les bibliothèques sont devenues comme des centres d'achats, où l'ombre d'un semblant de silence n'existe plus (pas même un de la part du personnel)?)
Mais l'automne est dans le parc. Les chandails de laine, les tuques, les longs manteaux (la femme et la fille viennent de quitter), les foulards, les collants, les feuilles jonchant le sol, les gens dans le déni, en t-shirt ou en jupe à 14 degrés Celsius. (Une vieille femme aux longs cheveux blancs donnant son adresse à l'écureuil devant elle, l'invitant sur son balcon - un livre de Michel Jean dans une main, le téléphone dans l'autre.)
La lumière d'octobre à mi-journée, diffusée par de blancs nuages. Le buste d'un jeune Nelligan illuminé de soleil, tandis qu'un homme passe derrière en se criant des choses (mise en abîme?) - pantalons bleu North Carolina Tar Heels, coat d'hiver comme s'il faisait -20. Et les hauts érables tout autour, multicolores, un peu dégarnis, laissant passer un vent frais, qui vient par vagues, avec de longues pauses entre chacune.
La ville maintenant une rumeur autour, un peu assourdie, les gens en périphérie et non immédiatement là, tonitruants, impossibles à éluder.
Un homme nu-tête, mains dans les poches, manteau à la Dick Tracy, me sourit en passant (son regard bleu, bon), marchant derrière sa femme qui photographie les arbres avec son téléphone sans s'arrêter. A l'air absolument heureux, en paix. Ils tournent et descendent tranquillement Laval vers Sherbrooke.
